Les mécanismes de tutorat (DDD9691 : Billet 3)

Les mécanismes de tutorat ainsi que la nature de la relation pédagogique qui s’y construit sont déterminants dans l’apprentissage et la réussite des étudiants (Kozanitis, 2015). Or, en formation à distance, les dispositifs mis en place ainsi que l’encadrement effectué peuvent contribuer ou non à l’établissement de cette relation pédagogique. Voyons quelques aspects du tutorat, chacun se situant du côté des forces, faiblesses, opportunités et/ou menaces.

 

Le rôle du tuteur

 

Force : Le rôle du tuteur est de «permettre à un apprenant d’évoluer harmonieusement dans son parcours de formation, de vivre celui-ci de manière équilibrée avec ses autres activités et d’en tirer le profit maximum» (Depover et al., 2011). Il est alors un accompagnateur ou un facilitateur, en mobilisant ses savoirs et savoir-faire pour soutenir l’apprenant dans son cheminement (Depover et al., 2011).

 

Menace : Or, le tuteur ne doit pas se substituer au rôle proactif de l’étudiant, il doit plutôt être un soutien, qui s’assure de préserver l’autonomie de l’étudiant dans sa démarche (Depover et al., 2011). Ainsi, dans la définition précédente, le verbe «permettre» est absolument central, c’est-à-dire que le tuteur ne doit pas «faire à la place de l’étudiant», mais il doit «mettre en place» les conditions de réussite et c’est à l’étudiant que revient la tâche de s’activer dans son processus d’apprentissage. Autrement, l’autonomie de l’étudiant dans sa démarche serait grandement atténuée.

 

Les deux enseignants

 

Force : Berrouk et Jaillet (2013) distinguent les rôles d’enseignant-concepteur et d’enseignant-accompagnateur, qui sont souvent présents dans les cours en FAD. Alors que le professeur élabore et conçoit le cours, le tuteur s’occupe de l’encadrement des étudiants. Cela permet au tuteur d’être totalement disponible pour ses étudiants et permet une rétroaction plus rapide et personnalisée, puisque les tâches sont scindées.

 

Menace : Or, le rôle du tuteur peut être empreint d’un conflit de valeurs ou de visions. En effet, le concepteur est responsable de la relation didactique, alors que le tuteur est responsable des relations pédagogiques et d’apprentissage (Page, 2015). Peut alors survenir un conflit lorsque l’arrimage ou la cohérence du triangle pédagogique n’est pas adéquate. Par exemple, cela peut survenir lorsque le tuteur considère que certains contenus ou exercices ne sont pas adéquats ou appropriés pour les étudiants dans le cadre d’un cours. Il devient alors difficile de bien orienter les étudiants dans la vision pédagogique de l’enseignant-concepteur.

 

Opportunité : Une belle opportunité qui découle de la scission des tâches est la collaboration entre l’enseignant-concepteur et l’enseignant-accompagnateur. S’ils partagent une même vision de l’éducation de manière générale et du cours de manière plus spécifique, la cohérence sera plus grande et cela facilitera l’accompagnement des étudiants pour le tuteur.

 

Les attitudes du tuteur

 

Force et opportunité : Dans une relation d’aide, on prône l’empathie, l’écoute active et le non-jugement, qui sont des attitudes non directives que l’on devrait retrouver dans le tutorat (Depover et al., 2011). Ce sont les mêmes attitudes que l’on devrait retrouver dans la relation tutorale. Pour y arriver, un premier contact est essentiel afin de mettre les bases d’une relation de confiance et éventuellement une relation pédagogique empreinte de respect, d’ouverture et de bienveillance (Kozanitis, 2015).

 

Faiblesse et opportunité: Tous les cours en FAD prévoient un premier contact, que ce soit en visioconférence, au téléphone ou par courriel. Or, la qualité de ce premier contact est très importante dans l’établissement de la relation pédagogique. Dans l’un des cours que j’encadre à la TÉLUQ, le premier contact se fait uniquement par courriel. Ainsi, j’ai élaboré un document de bienvenue dans lequel je me présente, j’explique les objectifs du cours, les échéanciers, des précisions sur les évaluations, etc. Afin ‘y ajoute rune touche plus personnalisée, j’y ai ajouté une photographie de moi afin que les étudiants puissent mettre un visage sur la personne qui les encadre. Or, ce lien est très fiable, comparativement à l’accueil individualisé synchrone offert dans un autre cours. J’aimerais donc trouver une façon de créer ce premier contact, sans obliger les étudiants à participer à une rencontre synchrone. Ils pourraient avoir l’option d’une rencontre synchrone personnalisée pour discuter de leurs besoins, ou encore visionner une vidéo de présentation du cours, idéalement présentée conjointement par l’enseignant-concepteur et l’enseignant-accompagnateur.

 

L’apprentissage

 

Faiblesse : Une autre faiblesse du tutorat dans les cours en FAD est la difficulté à valider les apprentissages des étudiants (Page 2015). De manière générale, les étudiants ne contactent leurs tuteurs que lors des évaluations sommatives. Ainsi, en cours de route, il est très difficile de faire un suivi de la progression des étudiants lorsque ceux-ci ne sollicitent pas d’aide. Pour y remédier, dans chacune de mes communications écrites avec les étudiants, je réitère que je suis entièrement disponible pour les aider et répondre à toutes leurs questions. De plus, je réponds dans un délai très court à tous mes étudiants (toujours moins de 24 heures, majoritairement en moins de 2 heures) afin qu’ils puissent sentir ma présence, même à distance.

 

L’importance de la relation pédagogique

 

Force, opportunité et menace: La relation pédagogique entre le tuteur et l’apprenant est essentielle à plusieurs égards : pour motiver les étudiants, les soutenir, briser leur isolement; et elle contribue à l’apprentissage et la réussite (Kozanitis, 2015). Berrouk et Jaillet (2013) abordent sept catégories de fonctions tutorales : accueil et orientation, organisationnelle, pédagogique, socio-affective et motivationnelle, technique, métacognitive et évaluative. Cette grande diversité des tâches est une force du tutorat, puisqu’il permet une expérience personnalisée aux apprenants. Les tuteurs peuvent se montrer très proactifs, ou encore réactifs aux demandes des apprenants (Page, 2015). Ainsi, cette très grande latitude dans l’action et dans les tâches peut s’avérer une menace. Alors qu’un tuteur peut «en faire trop» (et brimer l’autonomie des étudiants, tel que mentionné précédemment), la possibilité qu’il «n’en fasse pas assez» est également présente. La recherche d’équilibre doit donc être au centre des préoccupations du tuteur afin d’offrir un soutien qui répond aux besoins de chaque apprenant (Kozanitis, 2015).

 

 

Références :

 

Berrouk, S. et Jaillet, A. (2012-2013). Les fonctions tutorales : pour un déséquilibre dynamique. Distances et médiations des savoirs, (2), 1-24.

Depover, C., De Lièvre, B., Péraya, D., Quintin, J.-J., Jaillet, A. et Baron, G. L. (2011). Le tutorat en formation à distance. Bruxelles : Groupe De Boeck. 

Kozanitis, A. (2015). La relation pédagogique au collégial : Une alliée vitale pour la création d’un climat de classe propice à la motivation et à l’apprentissage. Pédagogie collégiale vol. 28, n° 4, été 2015.

Page, V. (2015). Établir une relation pédagogique à distance… Est-ce possible? Pédagogie collégiale vol. 28, n° 4, été 2015.

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