Le passage de nombreux enseignants en formation à distance nécessite une grande adaptation. La formalisation est, à mon avis, centrale en formation à distance. Il s’agit d’un besoin accru de conception pédagogique en amont de la formation (Conseil supérieur de l'éducation, 2015). Selon Basque (2004), les enseignants ont de nouvelles tâches et de nouveaux rôles, disposent de nouveaux outils et ont un besoin de formation et de soutien pour s’adapter à cette nouvelle réalité. Or, si on prend exemple du contexte actuel de pandémie, plusieurs enseignants n’ont pas nécessairement eu le temps de revoir la conception pédagogique de leur cours et de s’y adapter adéquatement.
La meilleure façon de
développer ces compétences serait justement d’en formaliser la formation. Il
existe certainement de nombreuses formations libres et ouvertes sur la
formation à distance, mais plusieurs enseignants se lancent dans le
développement ou l’implantation d’un cours, sans avoir préalablement réfléchi
aux phases d’analyse et de conception du cours (Basque, 2004). Une formation en
pédagogie me semble donc essentielle pour y arriver. Sans devoir nécessairement
y rattacher le caractère obligatoire, de nombreuses formations courtes
devraient être offertes à tout le personnel des établissements scolaires afin d’offrir
un enseignement de qualité.
Dans le cadre de ma pratique
professionnelle, le développement de ces compétences s’articule principalement
autour de la collaboration. Papi (2006) souligne également le rôle collaboratif
en formation à distance en parlant d’œuvres collectives. En effet, certains de
mes collègues au niveau collégial s’intéressent grandement à la pédagogie et
aiment expérimenter de nouvelles approches pédagogiques, tout comme moi. Nous
discutons, échangeons, mettons en pratique, évaluons, etc. Bref, nous tentons
de nous rapprocher d’une approche d’ingénierie pédagogique, sans toutefois la
formaliser. C’est ce que j’aimerais tenter d’instaurer dans les prochaines
années en collaboration avec mes collègues, soit de réellement mesurer l’impact
de nos mesures.
La collaboration nous
permet d’expérimenter et d’innover, en ayant constamment le regard critique des
autres pour nous améliorer. Cela nécessite évidemment une grande confiance les
uns envers les autres, mais également une humilité qui permet à chacun de bien
accueillir les commentaires et suggestions afin de comprendre la nécessité d’un
changement. Pour ce faire, il me semble important de souligner que nous devons
constamment garder en tête notre objectif commun : la réussite des
étudiants. Nous pouvons donc viser une amélioration de nos compétences professionnelles
afin d’augmenter les probabilités de réussite éducative de nos étudiants.
Références :
Basque, J. (2004). En quoi les TIC changent-elles les pratiques d’ingénierie pédagogique du professeur d’université? Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire, 1(3).
Conseil supérieur de l'éducation. (2015). La formation à distance dans les universités québécoises : un potentiel à optimiser. Québec: Gouvernement du Québec.
Papi, C. (2016).
De l'évolution du métier d'enseignant à distance. STICEF, 23.
Il semblerait que nous ayons un environnement et des réflexes de travail similaires, puisque j’enseigne également au collégial et que mes collègues de travail font eux aussi partie de mes stratégies de formation continue en enseignement.
RépondreSupprimerEn effet, la collaboration me semble être un ingrédient indispensable à toute évolution dans le milieu de la pédagogie et d’ailleurs cet aspect est souvent relaté dans les recherches qui portent sur le sujet comme dans celle de Knight, Tait et Yorke (2006) relaté par Kiffer (2016). Mais plus proche de nous, Ménard et al. (2020), indiquent également que « les échanges avec les pairs sont le plus fréquemment invoqués et sont considérés, par la grande majorité, comme particulièrement utiles ».
Je crois qu’il serait donc nécessaire de se concentrer et de réfléchir à cet aspect de la formation des enseignants et plus particulièrement dans la conception d’une FAD, puisqu’il ressort clairement que l’expérience des autres et les échanges peuvent être un moment fort et déterminant dans les choix qu’un enseignant fera pour structurer et donner son cours. Serait-il possible de formaliser ce qui est actuellement, le plus souvent, complètement informel ? Dans tous les cas, Kiffer (2016, citant Bernatchez et al., 2010) indique qu’il serait plus efficace d’utiliser une approche mixte mêlant mentorat formel et informel. Il reste à regarder la forme que cela peut prendre pour les enseignants du supérieur.
Kiffer, S. (2016). La construction des compétences d’enseignement des enseignants-chercheurs novices de l’université en France (Thèse de doctorat inédite). Université de Strasbourg, France.
Ménard, L., Hoffmann, C., Boucher, S. et Riopel, M. (2020). Effets de la formation et de l’accompagnement pédagogiques sur le niveau de centration sur l’apprentissage des nouveaux professeurs, Revue internationale de pédagogie de l’enseignement supérieur, 36(1). http://journals.openedition.org/ripes/2527
Bonjour Katy,
RépondreSupprimerMerci pour votre commentaire.
En effet, une formalisation de cette pratique pourrait être fort bénéfique.
À titre d'exemple, lors de mon arrivée au collégial, un mentor nous était assigné. Or, comme il ne s'agissait pas d'une personne de la même discipline ni du même département, les réalités étaient très différentes et le soutien difficile. Cette pratique a rapidement été abandonnée et jamais réellement remplacée.
D'ailleurs, les revendications syndicales rendent toujours difficiles l'encadrement des nouveaux enseignants, en affirmant que les enseignants sont compétents au moment de leur embauche. Or, pour moi, être compétent au moment de l'embauche ne signifie pas n'avoir plus rien à apprendre...!
Au sein de mon département, certains enseignants collaborent très bien, alors que d'autres sont très réticents; ils ne veulent pas dévoiler leurs pratiques enseignantes et se sentent constamment surveillés. Cela engendre du mécontentement et des frustrations de la part de tous les enseignants.
Enfin, j'aurais tendance à voir le soutien professionnel entre collègues comme faisant partie inhérente de notre tâche, notamment en tant que services professionnels rendus (SPR).
Au plaisir,
Catherine Ouellette
Les compétences que vous relevez ont aussi un écho chez moi. Tout d'abord, comme vous le dites, en vous référant à Basque (2004), pour implanter un cours, il faut préalablement réfléchir aux phases d’analyse et de conception du cours, ce qui implique donc "une formation en pédagogie". Cependant, le point que je relève de votre billet est celui du besoin d'interaction des étudiant.es, de même que des enseignant.es entre-eux et elles pour valider leurs approches ou apprentissages. Comme le souligne le Conseil supérieur de l'éducation (2015), les étudiant.es en formation initiale ont besoin de socialiser. Par ailleurs, Jacquinot-Delaunay (2010, cité dans CSE, 2015) souligne que la tradition orale de l'université traditionnelle "héritée du dialogue socratique peut être réalisée avec le texte imprimé, en ligne ou sous forme d'un dialogue enregistré". Or Socrate s'opposait à la parole écrite sous prétexte que le dialogue n'est pas réellement "opérant" (pardonnez l'anachronisme) lorsqu'il est médiatisé. De plus, il refusait de ne pas connaitre la personne qui écoutait son enseignement notamment parce qu'il ne pourrait vérifier si sa compréhension est adéquate. Si Socrate était parmi nous, sans doute qu'il exercerait ses dialogues en mode synchrone uniquement et en interdirait l'enregistrement. Je crois donc que de collaborer avec les collègues pour planifier les cours et évaluer les innovations, comme vous le dites, et de favoriser les échanges synchrones entre étudiant.es est essentiel mais requiert du temps libre pour tous les intervenants, chose plutôt rare en éducation.
RépondreSupprimerRéférences
Conseil supérieur de l'éducation. (2015). La formation à distance dans les universités québécoises : un potentiel à optimiser. Québec: Gouvernement du Québec.