MOOC et jeux sérieux (DDD9661: Billet 2)

Tout d’abord, le jeu sérieux fait référence à deux dimensions : l’aspect utilitaire et l’aspect ludique (Alvarez, Ce qu’est un jeu sérieux, n.d.). En effet, on vient réellement « joindre l’utile à l’agréable ». Les jeux sérieux peuvent potentiellement se retrouver dans tous les domaines d’études puisqu’ils permettent d’apprendre dans un contexte ludique.

Le jeu sérieux pourrait très bien s’intégrer dans ma discipline, soit la psychologie au niveau collégial. Quoique la psychologie attire déjà des préjugés favorables, le jeu sérieux pourrait rejoindre un public différent. Alors qu’Alvarez parle de la période de l’adulescence, les auteurs en psychologie abordent généralement cette période transitoire entre l’adolescence et l’âge adulte par le concept d’adulte émergent (Alvarez, La place du jeu sérieux en éducation, n.d.;  Sigelman et Rider, 2018). Au niveau collégial, les jeunes se retrouvent en effet dans cette période transitoire, en ne se définissant plus comme des adolescents, mais pas tout à fait non plus comme des adultes. Cela semble grandement nuire à la santé mentale, la motivation, l’engagement et la persévérance dans leurs études (Marcotte et al., 2016). Est-ce que le jeu sérieux pourrait répondre à un besoin spécifique à cette clientèle? Il s’agit clairement d’une piste à explorer afin d’aider les étudiants à appréhender les complexités de la société (Alvarez, La place du jeu sérieux en éducation, n.d.).

De son côté, le MOOC me semble, de prime abord, moins bien s’adresser à une clientèle de niveau collégial. En effet, un MOOC nécessite une grande autonomie de la part de l’apprenant dans sa capacité à s’auto-diriger et à s’auto-évaluer (Charlier, 2014). Or, je ne suis pas convaincue que l’ensemble des collégiens soient pourvus de cette capacité, à ce moment de leur vie. Les étudiants de niveau collégial sont centrés sur une culture de la performance, alors que plusieurs enseignants tentent de prôner une culture de l’apprentissage. Les MOOC semblent viser directement dans cette culture de l’apprentissage, de la valorisation du développement personnel ou professionnel, par intérêt ou par curiosité intellectuelle. Les très faibles taux d’achèvement des MOOC semblent d’ailleurs indiquer un manque de motivation ou d’engagement (Charlier, 2014). La complétion d’un MOOC demande une maturité et une volonté d’accroître ses connaissances par pure volonté, sans forme de rétribution ou de gratification. On s’éloigne alors du modèle behavioriste pour parler davantage de motivation intrinsèque…

Sans nécessairement voir le potentiel d’un MOOC pour ma clientèle étudiante de niveau collégial, je suis tout à fait consciente de l’intérêt d’un MOOC en psychologie pour toute clientèle adulte. La psychologie étant de plus en plus populaire, on se retrouve avec plusieurs concepts et théories malmenées dans le discours populaire. Ainsi, un MOOC pourrait permettre d’être en contact avec les théories scientifiques et de les mettre en lien avec le vécu de chacun, sans dénaturer la science.

Enfin, le développement des MOOC suscite nécessairement une réflexion quant à la transmission du savoir et au rôle des universités et des enseignants dans la société.

 

Références :

Alvarez, J. (n.d.). Ce qu’est un jeu sérieux. https://vimeo.com/200876783/e9c8f47aeb

Alvarez, J. (n.d.). La place du jeu sérieux en éducation. https://vimeo.com/200876783/e9c8f47aeb

Charlier, B. (2014). Les MOOC: une innovation à analyser. Distances et médiations des

savoirs. Distance and Mediation of Knowledge, 2(5).

Marcotte, D., Villatte, A., Paré, M-L. & Lamarre, C. (2016). Le programme Zenétudes : prévenir la dépression et l’anxiété chez les nouveaux collégiens. Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (Acfas). Repéré à https://www.acfas.ca/publications/decouvrir/2016/10/programme-zenetude-prevenir-depression-anxiete-nouveaux-collegiens

Sigelman, C.K. et Rider, E. A. (2018). Life-Span Human Development, 9e édition. Cengage.

1 commentaire:

  1. Merci pour ce billet. Je partage avec vous les inquiétudes quant au MOOC tant au niveau collégial qu’au premier cycle universitaire. J’ai remarqué au courant de l’automne 2020 entre autres que les étudiants âgés de 19 à 24 ans font peu de travail autonome asynchrone tels que visionner des capsules vidéo ou compléter des questionnaires formatifs en ligne ce que je m’étais efforcée de leur préparer dans mon cours. Les lectures étaient rarement faites alors que le cours se donnait en présentiel, alors je ne crois pas que cela ait augmenté de ce côté-là non plus ayant eu peu de questions à leur sujet. Comme vous, les efforts de mes étudiants au baccalauréat semblent beaucoup être centrés sur les évaluations. J’ai aussi remarqué à l’automne une diminution de la participation aux rencontres synchrones au fil de la session, alors je n’ose pas imaginer la situation dans un MOOC. Je vois donc mal un MOOC remplacer mon enseignement en présentiel ou à distance de 45 heures. Au moins, avec les jeux sérieux, le côté ludique et fictif peut cacher des éléments didactiques et pédagogiques. Le professeur peut adopter différentes postures et effectuer différents ajustements au fil du déroulement.

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