Que retenir de l’alignement pédagogique, des évaluations authentiques et de la rétroaction? (DDD9691 : Billet 4)

 

C’est dans le cadre de ce programme que j’ai découvert le concept d’alignement pédagogique. Ce concept est très important pour moi puisqu’il s’agit d’une lacune importante des cours de psychologie au collégial, dans lesquels l’alignement entre les objectifs d’apprentissage et les activités pédagogiques et évaluations n’est pas adéquat (Gérard, 2015). Alors que l’objectif du cours d’Initiation à la psychologie est d’expliquer les bases du comportement humain, les activités formatives et évaluatives sont centrées sur la mémorisation, et non sur l’apprentissage (Mazur, n.d.). On demande simplement aux étudiants de mémoriser des informations, ce qui constitue une activité d’un très bas niveau taxonomique. Il convient donc d’améliorer cet aspect afin de favoriser l’apprentissage (Poumay, 2014), et plus particulièrement l’apprentissage en profondeur (Donnison et Penn-Edwards, 2012).

 

Les évaluations authentiques pourraient en partie répondre à ce besoin. En effet, mettre de côté les évaluations traditionnelles permettrait de développer des habiletés de plus haut niveau taxonomique (Mazur, n.d.). Les cours de psychologie se prêtent déjà très bien aux exemples authentiques, afin d’illustrer les contenus théoriques, ce qui peut augmenter la motivation des étudiants (Bawa, 2016). Or, les situations évaluatives authentiques sont peu utilisées dans les cours d’introduction, car ceux-ci sont très théoriques et peu ancrés dans une démarche professionnelle. Un changement de perspective doit alors s’opérer afin de permettre aux étudiants de relever des défis réalistes qui mettront en lumière leurs progrès et leurs défis (Prégent et al., 2009). C’est ce sur quoi je travaillerai principalement cet été, soit de trouver de nouvelles idées d’évaluations authentiques pour mes différents cours au collégial.

 

Au niveau de la rétroaction, elle est particulièrement importante dans les cours d’initiation, car elle permet l’itération de la démarche (Prégent et al., 2009), qui s’inscrit dans l’approche programme en sciences humaines. La rétroaction permet également de démontrer aux étudiants non seulement leurs défis, mais également les façons de les surmonter, par des commentaires au niveau théorique, méthodologique, métacognitif, etc (Kozanitis, n.d.). Cette diversité de rôles de l’enseignant est essentielle au niveau collégial et doit être mise de l’avant dans tous les cours. Je fais déjà beaucoup de rétroactions dans le cadre des évaluations sommatives des étudiants. Or, je devrais en introduire davantage dans les évaluations formatives, afin de permettre aux étudiants de régulièrement faire le point sur leurs apprentissages. De plus, la rétroaction personnalisée aux étudiants permet de créer un lien et de favoriser l’établissement du lien de confiance et de la relation pédagogique (Kozanitis, 2015).



Références :

 

Bawa, P. (2016). Retention in Online Courses : Exploring Issues and Solutions - A Literature Review. Sage Open, 6(1), 1-11.

 

Donnison, S., Penn-Edwards, S. (2012). Focusing on first year assessment: Surface or deep approaches to learning? The International Journal of the First Year in Higher Education, 3(2). 9-20. 

 

Gérard, L. (2015). L’alignement pédagogique: un concept clé en pédagogie universitaire. Coopération universitaire. Récupéré de https://cooperationuniversitaire.com/2015/08/25/lalignement-pedagogique-le-concept-cle-en-pedagogie-universitaire/

 

Kozanitis, A. (n.d.). La rétroaction: outil d’information, de formation et de motivation. Bureau d’appui pédagogique, École Polytechnique.

Kozanitis, A. (2015). La relation pédagogique au collégial : Une alliée vitale pour la création d’un climat de classe propice à la motivation et à l’apprentissage. Pédagogie collégiale vol. 28, n° 4, été 2015.

Mazur, E. (2013, 19 novembre). Assessment: The Silent Killer of Learning / Eric Mazur [Dudley Herschbach Teacher/Scientist Lecture] [vidéo]. YouTube . Derek Bok Center, Harvard University https://www.youtube.com/watch?v=CBzn9RAJG6Q

 

Poumay, M. (2014). Six leviers pour améliorer l’apprentissage des étudiants du supérieur. Revue internationale de pédagogie de l’enseignement supérieur, 30(1). Récupéré de http://journals.openedition.org/ripes/778

 

Prégent, R., Bernard, H. et Kozanitis, A. (2009). Évaluer des compétences en situation authentique. Dans Enseigner à l’université dans une approche-programme (p. 137-189). Montréal : Presses internationales Polytechniques.

Les mécanismes de tutorat (DDD9691 : Billet 3)

Les mécanismes de tutorat ainsi que la nature de la relation pédagogique qui s’y construit sont déterminants dans l’apprentissage et la réussite des étudiants (Kozanitis, 2015). Or, en formation à distance, les dispositifs mis en place ainsi que l’encadrement effectué peuvent contribuer ou non à l’établissement de cette relation pédagogique. Voyons quelques aspects du tutorat, chacun se situant du côté des forces, faiblesses, opportunités et/ou menaces.

 

Le rôle du tuteur

 

Force : Le rôle du tuteur est de «permettre à un apprenant d’évoluer harmonieusement dans son parcours de formation, de vivre celui-ci de manière équilibrée avec ses autres activités et d’en tirer le profit maximum» (Depover et al., 2011). Il est alors un accompagnateur ou un facilitateur, en mobilisant ses savoirs et savoir-faire pour soutenir l’apprenant dans son cheminement (Depover et al., 2011).

 

Menace : Or, le tuteur ne doit pas se substituer au rôle proactif de l’étudiant, il doit plutôt être un soutien, qui s’assure de préserver l’autonomie de l’étudiant dans sa démarche (Depover et al., 2011). Ainsi, dans la définition précédente, le verbe «permettre» est absolument central, c’est-à-dire que le tuteur ne doit pas «faire à la place de l’étudiant», mais il doit «mettre en place» les conditions de réussite et c’est à l’étudiant que revient la tâche de s’activer dans son processus d’apprentissage. Autrement, l’autonomie de l’étudiant dans sa démarche serait grandement atténuée.

 

Les deux enseignants

 

Force : Berrouk et Jaillet (2013) distinguent les rôles d’enseignant-concepteur et d’enseignant-accompagnateur, qui sont souvent présents dans les cours en FAD. Alors que le professeur élabore et conçoit le cours, le tuteur s’occupe de l’encadrement des étudiants. Cela permet au tuteur d’être totalement disponible pour ses étudiants et permet une rétroaction plus rapide et personnalisée, puisque les tâches sont scindées.

 

Menace : Or, le rôle du tuteur peut être empreint d’un conflit de valeurs ou de visions. En effet, le concepteur est responsable de la relation didactique, alors que le tuteur est responsable des relations pédagogiques et d’apprentissage (Page, 2015). Peut alors survenir un conflit lorsque l’arrimage ou la cohérence du triangle pédagogique n’est pas adéquate. Par exemple, cela peut survenir lorsque le tuteur considère que certains contenus ou exercices ne sont pas adéquats ou appropriés pour les étudiants dans le cadre d’un cours. Il devient alors difficile de bien orienter les étudiants dans la vision pédagogique de l’enseignant-concepteur.

 

Opportunité : Une belle opportunité qui découle de la scission des tâches est la collaboration entre l’enseignant-concepteur et l’enseignant-accompagnateur. S’ils partagent une même vision de l’éducation de manière générale et du cours de manière plus spécifique, la cohérence sera plus grande et cela facilitera l’accompagnement des étudiants pour le tuteur.

 

Les attitudes du tuteur

 

Force et opportunité : Dans une relation d’aide, on prône l’empathie, l’écoute active et le non-jugement, qui sont des attitudes non directives que l’on devrait retrouver dans le tutorat (Depover et al., 2011). Ce sont les mêmes attitudes que l’on devrait retrouver dans la relation tutorale. Pour y arriver, un premier contact est essentiel afin de mettre les bases d’une relation de confiance et éventuellement une relation pédagogique empreinte de respect, d’ouverture et de bienveillance (Kozanitis, 2015).

 

Faiblesse et opportunité: Tous les cours en FAD prévoient un premier contact, que ce soit en visioconférence, au téléphone ou par courriel. Or, la qualité de ce premier contact est très importante dans l’établissement de la relation pédagogique. Dans l’un des cours que j’encadre à la TÉLUQ, le premier contact se fait uniquement par courriel. Ainsi, j’ai élaboré un document de bienvenue dans lequel je me présente, j’explique les objectifs du cours, les échéanciers, des précisions sur les évaluations, etc. Afin ‘y ajoute rune touche plus personnalisée, j’y ai ajouté une photographie de moi afin que les étudiants puissent mettre un visage sur la personne qui les encadre. Or, ce lien est très fiable, comparativement à l’accueil individualisé synchrone offert dans un autre cours. J’aimerais donc trouver une façon de créer ce premier contact, sans obliger les étudiants à participer à une rencontre synchrone. Ils pourraient avoir l’option d’une rencontre synchrone personnalisée pour discuter de leurs besoins, ou encore visionner une vidéo de présentation du cours, idéalement présentée conjointement par l’enseignant-concepteur et l’enseignant-accompagnateur.

 

L’apprentissage

 

Faiblesse : Une autre faiblesse du tutorat dans les cours en FAD est la difficulté à valider les apprentissages des étudiants (Page 2015). De manière générale, les étudiants ne contactent leurs tuteurs que lors des évaluations sommatives. Ainsi, en cours de route, il est très difficile de faire un suivi de la progression des étudiants lorsque ceux-ci ne sollicitent pas d’aide. Pour y remédier, dans chacune de mes communications écrites avec les étudiants, je réitère que je suis entièrement disponible pour les aider et répondre à toutes leurs questions. De plus, je réponds dans un délai très court à tous mes étudiants (toujours moins de 24 heures, majoritairement en moins de 2 heures) afin qu’ils puissent sentir ma présence, même à distance.

 

L’importance de la relation pédagogique

 

Force, opportunité et menace: La relation pédagogique entre le tuteur et l’apprenant est essentielle à plusieurs égards : pour motiver les étudiants, les soutenir, briser leur isolement; et elle contribue à l’apprentissage et la réussite (Kozanitis, 2015). Berrouk et Jaillet (2013) abordent sept catégories de fonctions tutorales : accueil et orientation, organisationnelle, pédagogique, socio-affective et motivationnelle, technique, métacognitive et évaluative. Cette grande diversité des tâches est une force du tutorat, puisqu’il permet une expérience personnalisée aux apprenants. Les tuteurs peuvent se montrer très proactifs, ou encore réactifs aux demandes des apprenants (Page, 2015). Ainsi, cette très grande latitude dans l’action et dans les tâches peut s’avérer une menace. Alors qu’un tuteur peut «en faire trop» (et brimer l’autonomie des étudiants, tel que mentionné précédemment), la possibilité qu’il «n’en fasse pas assez» est également présente. La recherche d’équilibre doit donc être au centre des préoccupations du tuteur afin d’offrir un soutien qui répond aux besoins de chaque apprenant (Kozanitis, 2015).

 

 

Références :

 

Berrouk, S. et Jaillet, A. (2012-2013). Les fonctions tutorales : pour un déséquilibre dynamique. Distances et médiations des savoirs, (2), 1-24.

Depover, C., De Lièvre, B., Péraya, D., Quintin, J.-J., Jaillet, A. et Baron, G. L. (2011). Le tutorat en formation à distance. Bruxelles : Groupe De Boeck. 

Kozanitis, A. (2015). La relation pédagogique au collégial : Une alliée vitale pour la création d’un climat de classe propice à la motivation et à l’apprentissage. Pédagogie collégiale vol. 28, n° 4, été 2015.

Page, V. (2015). Établir une relation pédagogique à distance… Est-ce possible? Pédagogie collégiale vol. 28, n° 4, été 2015.