L'efficacité de la formation à distance (DDD9961: Billet 4)

La lecture des textes de Bernard et al. (2009) et de Means et al. (2010) suscite pour moi beaucoup de questionnements. Plusieurs caractéristiques des formations à distance (FAD) semblent avoir peu ou pas d’effet, notamment le type de cours (synchrone ou asynchrone), l’intégration de divers médias ou de quiz pour susciter l’apprentissage, etc (Bernard et al., 2009 et Means et al., 2010). Le contrôle de l’apprenant sur le média ainsi que la présence de mécanismes pour permettre la réflexion de l’apprenant sur son processus de compréhension et d’apprentissage semblent avoir des effets positifs (Means et al., 2010). Que doit-on en déduire? Que peu importe ce que l’on met en place, les impacts seront limités? Je ne crois pas. Personnellement, cela me pousse à deux constats : l’importance relative des interactions en FAD de même que l’importance du E dans le modèle ADDIE.

Tout d’abord, plusieurs auteurs mentionnent la grande importance des interactions en FAD, notamment parce qu’elles suscitent la motivation et la réflexion à la base de tout processus d’apprentissage (Garrison, 2016; Walker et Fraser, 2005 et Bernard et al., 2009). Or, il semblerait que la perception qu’entretiennent les étudiants de ces interactions pourrait être un meilleur prédicteur sur la satisfaction du cours que les interactions réelles dans un cours (Bernard, 2009). Peut-on en conclure que les interactions sont utiles pour combler les besoins sociaux des étudiants, davantage que pour favoriser leur réussite? Est-ce que le besoin de socialiser est aussi central en enseignement supérieur qu’il l’est en éducation primaire et secondaire? Selon Garrisson, c’est par la réflexion et le dialogue que se développe la connaissance, mais est-ce que ce dialogue pourrait être exclusivement fait par le biais des interactions avec le contenu d’un cours? Je lance le questionnement afin de mettre en perspective l’importance relative des interactions entre apprenants, avec l’enseignant et finalement avec le contenu.

Le second constat qui émerge à la lecture de ces textes est la grande importance de la phase d’évaluation du modèle ADDIE; précisément celle qui est régulièrement mise de côté dans l’innovation pédagogique au collégial. Par ailleurs, il semble que seulement le tiers de la littérature sur la FAD est basée sur la recherche, alors que les deux tiers restants sont basés sur la théorie ou la pratique (Walker et Fraser, 2005). Dans le contexte actuel de prépondérance de la FAD, il semble primordial d’inclure une phase d’évaluation à tout processus d’innovation pédagogique afin de faire avancer les connaissances sur les bonnes pratiques en FAD et permettre l’avancement des sciences de l’éducation (Branch, 2009).

Références :

Bernard, R. M., Abrami, P. C., Borokhovski, E., Wade, C. A., Tamim, R. M., Surkes, M. A. et Bethel, E. C. (2009). A meta-analysis of three types of interaction treatments in distance education. Review of educational research, 79(3), 1243-1289.

Branch, R. M. (2009). Instructional design: The ADDIE approach. : Springer Science & Business Media.

Garrison, D. Randy. E-Learning in the 21st Century: A Community of Inquiry.  Framework for Research and Practice, Taylor & Francis Group, 2016. ProQuest Ebook Central, http://ebookcentral.proquest.com/lib/uqam/detail.action?docID=4710094.

Means, B., Toyama, Y., Murphy, R., Bakia, M. et Jones, K. (2010). Evaluation of evidence-based practices in online learning: A meta-analysis and review of online learning studies.

Walker, S.L. et Fraser, B.J. (2005). Development and validation of an instrument for assessing distance education learning environments in higher education: the distance education learrning environments survey (DELES). Learrning Environments Research. 8, 289-308.

1 commentaire:

  1. Merci pour le billet. Je suis restée moi aussi sur ma faim en regardant les résultats des études sur la formation à distance. Ça laisse effectivement penser que nous n’évaluons peut-être pas assez nos cours et qu’en tant que professeur-chercheur nous publions encore moins nos résultats. Les évaluations que nous faisons ce sont celles de nos étudiants ou de notre travail de professeur par les étudiants. J’ai l’impression que les dirigeants valorisent plus l’opinion des étudiants quant au cours qu’une évaluation systématique en s’inspirant des travaux de Walker et Fraser (2005). De plus, je ne me sens pas encore tout à fait outillée pour le faire. Par chance, cela fera l’objet de notre prochain cours.

    Quant aux interactions sociales, j’ai de plus en plus de difficulté à me prononcer avec le contexte de pandémie actuel. Nos relations sociales étant limitées à notre « bulle familiale », nous n’avons même pas vu notre famille proche pendant le Temps des fêtes. L’enseignement universitaire étant complètement à distance pour une troisième session, j’ai l’impression que les besoins de base ne sont pas comblés et qu’il est de plus en plus difficile pour les étudiants d’interagir entre eux ou avec le contenu.

    RépondreSupprimer