La place de l’enseignement à distance
Dans le cadre du
cours Formation à l’enseignement
universitaire, j’ai eu l’occasion d’approfondir mes connaissances en
pédagogie mais également de mieux connaître le monde universitaire. J’ai pu
constater que la profession enseignante est souvent centrée sur des
connaissances et compétences disciplinaires, mais peu sur la pédagogie (Lameul,
2015). Je me considère donc très chanceuse d’avoir l’occasion d’approfondir mes
compétences en pédagogie et d’adopter une attitude d’ouverture à l’égard des
technologies (Lameul, 2016).
J’ai toujours
œuvré très fort à la conception de mes cours. Il s’agit à mon avis de la phase
la plus importante, qui est souvent négligée ou escamotée. Or, dans le contexte
actuel de pandémie où la formation à distance sera particulièrement présente,
l’importance du design pédagogique devient urgente (Hogues, 2020). Il n’est pas
souhaitable de transposer un cours présentiel en cours à distance (Lameul 2016),
et c’est ce qui me fait particulièrement peur pour la prochaine année
d’enseignement. J’ai l’impression que plusieurs collègues ont une attitude
négative face à la situation et s’en remettent à des visions très simplistes de
l’enseignement à distance. J’avoue craindre pour la qualité de l’enseignement,
la motivation des étudiants ainsi que leur persévérance scolaire. Les étudiants
ont globalement une perception positive des technologies en éducation (Brooks, 2016).
Or, cette perception est teintée par leurs expériences antérieures. Que
retiendront-ils de la fin de la session d’hiver 2020? En sortiront-ils avec un
désir de poursuivre ou d’abandonner?
Les approches SoTL et ADDIE
J’ai aussi pu
prendre connaissance de l’approche SoTL et du modèle ADDIE. Il s’agit de deux
modèles que je connaissais très peu. Je réaliste que plusieurs étapes sont déjà
présentes dans ma pratique enseignante, à l’exception de la phase d’évaluation qui
est très sommaire (Bates, 2019).
Je constate aussi qu’il
est essentiel de diversifier les pratiques enseignantes pour offrir un enseignement
de qualité à tous les types d’apprenants (Sharples
et al, 2014).
J’ai donc poursuivi mes recherches dans ce cours vers la conception universelle
de l’apprentissage ainsi que la différenciation pédagogique. Il s’agit d’offrir
davantage de choix aux étudiants afin qu’ils puissent suivre un parcours
académique plus personnalisé ou qui répond davantage à leurs besoins, leurs
forces ou leurs intérêts.
Je compte
entreprendre une démarche d’exploration de la différenciation pédagogique de
mes évaluations sommatives afin de favoriser l’alignement pédagogique dans mes
cours (Gerard, 2015). Cependant, je souhaite que cette démarche fasse aussi
l’objet d’une évaluation poussée afin d’en mesurer l’impact. Ce sera pour moi
l’occasion de poursuivre mes études au niveau du doctorat en éducation afin de
mettre en pratique mes connaissances et compétences acquises en pédagogie et en
psychologie.
Références :
Brooks, C. (2016). ECAR study of undergraduate students and
information technology. Louiseville: CO: ECAR. https://library.educause.edu/resources/2016/6/~/media/files/library/2016/10/ers1605.pdf
Bates, T. (2019) The nature of
knowledge and the implication for teaching. Dans Teaching in a Digital
Age. Guidelines for designing teaching and learning. (2e éd.). https://pressbooks.bccampus.ca/teachinginadigitalagev2/
Gerard, L. (2015). L’alignement pédagogique : un concept
clé en pédagogie universitaire.
https://cooperationuniversitaire.com/2015/08/25/lalignement-pedagogique-le-concept-cle-en-pedagogie-universitaire/
https://cooperationuniversitaire.com/2015/08/25/lalignement-pedagogique-le-concept-cle-en-pedagogie-universitaire/
Hogue, C., Moore, S., Lockee, B.,
Trust, T. et A. Bond. (2020) The difference between emergency remote teaching
and online learning. EDUCAUSE Review.
https://er.educause.edu/articles/2020/3/the-difference-between-emergency-remote-teaching-and-online-learning
https://er.educause.edu/articles/2020/3/the-difference-between-emergency-remote-teaching-and-online-learning
Lameul, G. (2015). Travailler sa posture
professionnelle pour mieux aborder les situations pédagogiques complexes. Distances
et Médiations des Savoirs. 11.
https://journals.openedition.org/dms/1127
https://journals.openedition.org/dms/1127
Lameul, G. (2016). Postures et activités
du sujet en formation: de l’intention au geste professionnel. Revue
Internationale de Pédagogie de l’Enseignement Supérieur.32(3). https://journals.openedition.org/ripes/1160
Sharples, M., Adams, A., Ferguson, R., Gaved, M., McAndrew, P.,
Rienties, B., . . . Whitelock, D. (2014). Innovating Pedagogy 2014:
Open University Innovation Report 3 (1473003350). Milton Keynes: Open
University. http://www.open.ac.uk/iet/main/sites/www.open.ac.uk.iet.main/files/files/ecms/web-content/Innovating_Pedagogy_2014.pdf
Je partage la crainte exprimée par Catherine au sujet de collègues dont la posture semble sclérosée – au moment même où il nous faut faire preuve d’une grande souplesse! Nos institutions nous offrent pourtant un accompagnement dans ce travail réflexif et nous encouragent à réinvestir les fruits de nos refléxions dans l’action, pour le dire comme Lameul (2015, p. 3). Je sais que mes collègues en allemand à l’UQAM sauront tirer leur épingle du jeu: nous sommes une toute petite section et pourtant nous sommes trois à suivre ce cours! Je suis plutôt inquiète quant à l’expérience que l’on offrira collectivement à nos étudiant.e.s et élèves partout au Québec. On dirait bien qu’une posture de praticien réflexif (Langevin et al., 2008, p. 650) soit perçue par certains comme une menace. Dans une chronique récente de La Presse, une enseignante dit avoir eu peur du jugement de ses pairs parce qu’elle s’est rapidement lancée dans la création de matériel d’enseignement à distance pour ses élèves suite à la fermeture des écoles en mars dernier. Le même jour, je lisais le texte de Louis Normand qui disait que l’apprentissage actif était un risque pour l’enseignant.e, car il ou elle risquait d’être perçu.e négativement par ses pairs (2017, p. 7). Non mais! Je suis, encore et toujours, sans mot devant tant de confort et d’indifférence...
RépondreSupprimerRéférences
Hachey, Isabelle. (19 juin 2020). « La Classe de Marie-Chantal. » La Presse.
Lameul, G. (2015). Travailler sa posture professionnelle pour mieux aborder les situations
pédagogiques complexes. Distances et Médiations des Savoirs. 11.
https://journals.openedition.org/dms/1127
Langevin, L., Grandtner, A.-M. et Ménard, L. (2008) La formation à l’enseignement des
professeurs d’université : un aperçu. Revue des sciences de l’éducation, 34(3), pp. 643-664.
https://www.erudit.org/en/journals/rse/1900-v1-n1-rse2889/029512ar/
Lebrun, M. Le blog de Marcel Lebrun sur la classe inversée. Récupéré sur le site
http://lebrunremy.be/WordPress/
Je suis complètement d’accord avec Catherine et Nathalie à cet égard!
RépondreSupprimerEt puisque vous avez presque tout dit, j'aimerais profiter de ce commentaire afin de évoquer un autre aspect qui me semble également important.
Vous évoquez que « plusieurs collègues ont une attitude négative face à la situation et s’en remettent à des visions très simplistes de l’enseignement à distance. » Soit. Mais il ne faut pas oublier non plus une autre réalité qui aura – j’en suis certain – un impact sur la qualité de l’enseignement en automne 2020 et au-delà: la précarité.
Ayant suivi ce cours, je me suis rendu compte du travail incroyable que demandent la planification et l’organisation d’un cours en ligne. Nous allons toutes et tous passer une bonne partie de cet été afin de préparer nos cours à distance, appliquant parfois plus, parfois moins, des stratégies et réflexions tirées de ce cours. Mais qu’en est-il des enseignant.e.s qui doivent attendre jusqu’au mois d’août jusqu’à ce qu’ils sachent s’ils vont enseigner – et combien de cours. Nombreux les enseignant.e.s qui n’auront tout simplement pas le temps de se préparer adéquatement.
Je crains que cette politique de distribution de cours, de hiérarchie, d’inégalité parmi les enseignant.e.s ne change pas d’ici demain et ajoutera, à l’ère du numérique et des cours à distance, à la différence de qualité des cours.
Gingras, C. et Mukamurera, J. (2008). S’insérer en enseignement au Québec lorsqu’on est professionnellement précaire : vers une compréhension du phénomène, Revue des sciences de l'éducation, 34/1, p. 203–222.
https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/566374/les-precaires-permanents
Bonjour Nathalie et Sebastian,
RépondreSupprimerMerci pour vos commentaires.
Effectivement Sebastian, l'enjeu de la précarité est un facteur considérable. Je me souviens de mes débuts en enseignement, alors que tous mes cours étaient confirmés la veille du début de la session! Je travaillais très fort à chaque semaine pour que mes cours soient prêts! Maintenant, lorsque je débute une session, je suis toujours prête plusieurs semaines à l'avance (un minimum de 5-6 semaines, mais parfois aussi les 15 semaines sont prêtes, je ne fais qu'ajuster en cours de route). Cela fait évidemment toute la différence!
Dans un tel contexte, la collaboration sera encore plus importante avec les enseignants précaires qui obtiennent une charge à la dernière minute, mais également avec de nouveaux enseignants. L'encadrement devra être plus soutenu.
Enfin, je réitère le risque de la qualité de l'enseignement, mais également la difficulté pour les départements d'assurer cette qualité d'enseignement, tel que conventionné! En tant que coordonnatrice du département de psychologie, je tenterai du mieux que je peux d'orienter les discussions et décisions vers un service de grande qualité pour les étudiants...
On se souhaite tous bonne chance et bon courage!
Catherine